La Tribu Ghabal
Des Routes Gitanes jusqu'à Katharsis
par Bellysis et Nemira, Tribu Ghabal
Bien peu d'entre vous le savent, mais le nom de notre tribu origine des mots Ghawazee et Tribal pour former Ghabal. Le premier pour rappeler l'aisance du peuple Rrom dans la versatilité des styles et dans leur intégration, leur fusion. Le second pour cette ouverture paradoxale sur la modernité, ancrée par de fortes racines traditionnelles, qu'a su insuffler l'arrivée de la danse tribale. Le tout étant marqué par la fusion au sens de la danse mais aussi des interprètes.
Le mois de janvier 2010 aura donc commencé en beauté pour nous avec deux ateliers qui auront été un retour aux sources, en quelques sortes. Deux professeures incontournables auront croisé notre route et nous avons eu le bonheur de danser à deux spectacles incroyables, mémorables !
-Routes gitanes avec Simona Jovic, le samedi 10 janvier, l'invitée de Dô
C'est une femme regorgeant d'une richesse culturelle tout à fait impressionnante qui nous accueilli par ce froid matin. Il a été facile de se réchauffer à son contact et celui de toutes les participantes qui venaient découvrir les différentes facettes des danses Rroms :
Danses des Balkans, d'Europe centrale, tzigane russe... (Cette dernière seulement en spectacle parce que nous ne pouvions malheureusement pas assister à l'atelier du dimanche.) Mettons un point au clair ici, cet atelier n'avait pas de « gitan » ce que l'on a l'habitude de voir en Amérique du Nord, c'est-à-dire une danse orientale avec jeux de jupe, musique d'Alabina et voilà. Au contraire, nous apprenions les us et coutumes des différentes régions, que l'on parle des instruments de musique jusqu'aux anecdotes et traditionnelles cérémonies de mariage. Malgré sa musique tout à fait exaltante, la danse des Balkans se veut bien prude et modeste par exemple. Les trois ateliers contenaient des techniques très tranchées les unes par rapport aux autres, selon la région. Les explications étaient claires, simples à s'approprier et Simona n'hésitait pas à corriger notre posture au besoin. Ces ateliers étaient de magnifiques découvertes et de belles réussites vu le nombre de participantes aux sourires ravis. Si le samedi était réservé aux danses plus populaires (du peuple), le dimanche était plus scénique avec la Russie. Aux dires de plusieurs, nous ne saurions manquer cet atelier à nouveau au prochain passage de Simona chez-nous !
Le spectacle du samedi soir présentait la conférence dansée de Simona sur la migration du peuple Rrom. Époustouflant! On aurait cru voir le film Latcho Drom en direct !
La deuxième partie était assurée par des danseuses d'ici de tous les horizons. Nous avons été marquées par les prestations de Lina Moros, pour l'intensité de son flamenco; Amrita Choudhury, pour la précision et l'énergie de sa danse indienne; Chanty, pour son improvisation tribale d'une grande maturité, d'un calme et d'une force rappelant l'océan; Francesca, pour une ouverture avec plateau et service de thé des plus impressionnants; Dô, notre hôte, pour son énergie toujours aussi débordante, son regard pétillant et son plaisir partagé avec toute la salle. Même si nous ne les nommons pas, nous sommes certaines que toutes les autres danseuses se souviendront des acclamations de la foule (c'était sold out !) comme autant de façon de souligner l'excellence du spectacle dans toute sa variété et ses couleurs.
Les Ghabal avec Simona
- Kathasis avec Audra Simmons, le 15 janvier 2010, l'invitée de Danielle Davies
Définition de Catharsis : le processus d’amener à la surface les émotions refoulées, les complexes ainsi que les sentiments de manière à ce qu’ils soient identifiés et libérés, ou de ce qui en découle.
C'est ainsi qu'était décrit l'évènement. Et c'est de cette manière que nous avons préparé et présentés nos numéros. Un spectacle ayant un thème demande toujours plus de travail de la part des artistes invités mais il ne fait aucun doute que les efforts ont porté fruit. Chaque danseuse, en solo ou en groupe, a su exprimer quelque chose de bien à elle, aller au-delà du traditionnel sourire de scène + combo de la mort + layering, etc. Les numéros n'étaient pas axés sur le divertissement du public mais plutôt sur l'expressivité, la sensibilité. Du dramatique au comique, en passant par le sacré, nous pouvons vous assurer que les performances ont su couvrir un large éventail d'émotions ! Les styles étaient variés mais une qualité reliait les numéros entre eux : l'implication des interprètes. Merci Danielle d'avoir su rassembler une aussi belle gang dans la si petite mais fraternelle loge de la Sala Rossa. Autre point à souligner : l'attention particulière que chaque danseuse portait à la performance des autres. Une marque de respect pour le message que véhiculait chaque danseuse.
L'atelier du lendemain ne s'est pas conclu sur une note décevante, bien au contraire ! Quel bonheur de retrouver Audra, son enseignement structuré, ses combos fluides et sa volonté de nous donner les outils nécessaires à notre propre développement. Parlez-nous d'une danseuse ayant la sagesse de ne pas tout faire pour épater la galerie, doublée d'une professeure assez mûre pour résister à l'envie de faire lever une armée de clones et vous parlerez d'Audra Simmons. D'accord, nous exprimons un côté très fans-finies ici mais c'est tout à fait mérité selon nos standards ! Cette fin de semaine était tout à fait à la hauteur de nos attentes, au point où nous avons déjà hâte à l'année prochaine, bien que nous sommes pour l'instant occupées à utiliser les techniques apprises...
En espérant que 2010 va continuer sur cette belle lancée... Latcho drom!* En souhaitant vous y rencontrer !
*Bonne route ! en romani
Les participantes à l'atelier d'Audra Simmons

Aziza - Shimmy, shimmy et encore shimmy !
Le 27 février 2010 à Trois-Rivières
par Julie Beaulieu
Fidèle à son habitude Aziza, nous a fait découvrir l’un de ses fabuleux drum solo sur une musique dynamique, composée par le grand Issam Houshan.
Aziza nous a fait travailler à la dure : shimmy, in-out du bassin et de la cage thoracique étaient au rendez vous pendant un gros quatre minutes. Quel essoufflement, mais en même temps, ça fait du bien travailler au-delà de nos limites.
Aziza sait très bien nous montrer ses enchaînements cocasses, avant de les intégrer à la chorégraphie. Être tout à la fois expressive et avoir du « punch », comme l’on dit, c'est quelque chose !
Prisée pour ses drum solo et son très grand sens de l'humour, Aziza réussit à enseigner de façon très pédagogique pour deux niveaux différents. C'est à dire, elle enseigne en premier lieu le niveau avancé. Puis, elle enseigne le niveau intermédiaire de la chorégraphie, pour celles qui ont un peu plus de difficultés. De cette manière, tout le monde peut apprendre selon ses compétences. Je trouve ça tout simplement génial.
Je sais que la plupart des danseuses ont assisté à un atelier avec Aziza mais pour celles qui n'ont pas encore eu cette occasion je vous le dis, sautez sur l'occasion. Une pincée de sel
d'Aziza équivaut largement à une poignée de folie, d'amusement, de libération, de sueur aussi
(il ne faut pas s'en cacher) mais surtout à « un plus » de technique, c'est garanti !
Nous te remercions Aziza d'être venue nous partager tes talents et ta belle passion de la danse. Celle-ci assurera le développement de notre art et de notre volonté de danser !

Le Moyen-Orient Express
par Sylvie Séguin (Shani)
Le 27 mars 2010, ma grande amie Nabila avec son amie Aïsha ont présenté leurs élèves en spectacle sous le thème « Le Moyen-Orient Express ». Et lorsqu’elles m’ont demandé d’écrire un mot sur leur spectacle, je me suis empressée d’accepter. C’est donc avec grand plaisir que j’ai assisté à leur spectacle afin de commenter les fruits de leur travail ainsi que ceux de leurs élèves.
Nabila
Pour commencer, en lisant leur programme, j’ai constaté qu’il y avait 28 numéros à présenter, avec un entracte de 25 minutes et une quarantaine d’élèves sur scène. J’ai d’abord pensé que la soirée serait longue mais les numéros se sont enchaînés les uns après les autres et, à ma grande surprise, la soirée a passé assez vite.
J’ai beaucoup aimé le choix des musiques et j’ai été impressionné par la créativité des deux professeurs. Ces professeurs offrent de très belles chorégraphies à leurs élèves et celles-ci se donnent corps et âmes afin de montrer à leurs invités le résultat de leurs efforts.
Il y a eu des numéros de sharqi, de pop, de la canne, du folklore, de la fusion, du tribal et même un très beau numéro de Bollywood, interprété par Chantal et un solo de canne endiablé par Marie-Renée, toutes deux élèves de Nabila qui, à mon avis, ont beaucoup de potentiel. Quel shimmy elles avaient….
Un numéro de Poï baladi avec voile a été très bien interprété par leur artiste invitée, Asmehan. Cette danseuse a un très beau charisme sur scène et un magnifique sourire.
Asmehan
Aïsha et Nabila ont offerts deux solos chacune et un beau duo avec des ailes d’Isis. Elles nous ont montré leur savoir-faire avec de solides performances.
Pour terminer, un petit mot pour féliciter toutes les élèves pour leur courage et leur passion. Ce fut très agréable de les voir performer lors de cette soirée où la danse orientale a été mise en valeur de multiples façons.
Bravo à Aïsha et à Nabila !

Al Helem – Le rêve
Critique du spectacle de Montréal - Le 1er mai 2010
par Lucie Vendittoli (Afraa), Saint-Jérôme
Photos : Pierre Houle
Ça me faisait tout drôle d’être assise aux côtés de mon chum et de ma mère dans la superbe salle Mirella et Lino Saputo du Centre Leonardo da Vinci. J’ai eu l’immense chance de danser sur cette scène, lors du spectacle Folies berbères, en septembre 2005, mon dernier en tant que membre d’Al Sahirat. J’avais bien hâte de voir ce que Nagwa et mes anciennes collègues de danse avaient préparé.
La première partie était assurée par les élèves de Nagwa (Diane Ruel) et de Johane Lachance, du Centre de loisirs Saints-Martyrs-Canadiens. C’était assez joyeux et coloré. Les élèves ont livré la marchandise dans la joie et le plaisir. C’était rafraîchissant !
Après 30 minutes en compagnie des élèves de Saints-Martyrs, nous sommes passées au plat principal. L’orchestre, dès les premières notes, a mis la table pour ce qui allait être une trame sonore absolument incroyable. Comment ne pas rester indifférente devant autant de nuances, autant de précision. J’imaginais aisément tout le plaisir de danser avec des musiciens aussi talentueux. Et je l’ai vu dans les yeux de plusieurs d’entre elles. Je pense ici à Sonia Otis, qui a dansé, malgré le grand drame qu’elle vivait.
Passons maintenant aux chorégraphies de Nagwa. J’avais des attentes très élevées. Je sais ce dont elle est capable. Cette fois-ci, je suis restée sur ma faim. Est-ce le caractère classique du spectacle qui a empêché Nagwa d’insuffler le grain de folie dont elle a toujours fait preuve dans ses spectacles précédents ?
Est-ce l’histoire (un peu trop à l’eau de rose) qui a quelque peu emprisonné l’imaginaire de mon ancienne professeure ? Pourtant, j’ai beaucoup aimé les numéros folkloriques (dont le dabke avec Nagwa, Joe Nachef et la troupe) ainsi que Ya Halawa où les danseuses apparaissent en ombres chinoises derrière des paravents. C’était original et beau. Ça rendait hommage à la musique. Pour le reste, ça manquait d’épices. Je ne dis pas qu’il fallait échapper le pot de piments forts dans la sauce. Mais, un peu plus d’audace m’aurait comblée, même dans un cadre où le raqs sharqi était à l’honneur.
Au fond, les musiciens ont volé la vedette à la danse, ce qui ne devrait pas être le cas dans un spectacle de cette envergure. Certaines vont me dire que les danseuses deviennent le Xe instrument de l’orchestre. C’est vrai. Mais, j’étais dans la salle pour voir un spectacle de danse, pas un concert musical.
Je suis sortie de la salle, mi-figue, mi-raisin, heureuse d’avoir vu mes copines de danse qui ont super bien travaillé, mais déçue par certains aspects du spectacle. Toutefois, je sais tout le travail qu’un tel spectacle représente. Si jamais Al Helem est représenté, allez-y. Parce que, c'est une magnifique vitrine pour l'art du raqs sharqi.